James David Vence : vice-président américain donneur de leçons à l’Europe


Suite à ce discours, nous avons décidé de publier un éditorial sans concession pour dénoncer l’attitude américaine.

La Conférence de Munich sur la sécurité aurait pu être un moment d’échange constructif entre les dirigeants occidentaux. Pourtant, le discours du vice-président américain James David Vence a laissé un goût amer à de nombreux Européens. Par un ton condescendant et une posture moralisatrice, il a osé pointer du doigt l’Europe sur des questions de démocratie et de liberté d’expression, tout en passant sous silence les multiples contradictions du système politique et sociétal américain.

Une Europe jugée coupable de son propre malheur

L’un des points les plus polémiques de son intervention fut son insistance à lier l’insécurité européenne à ses choix politiques, notamment en matière migratoire. En sous-entendant que les attentats sont le fruit des décisions européennes et du manque de vigilance des dirigeants du Vieux Continent quite à utiliser le drame de la veille. Ce faisant, il ignore complètement la responsabilité majeure des États-Unis dans la déstabilisation du Moyen-Orient.

Faut-il rappeler que l’invasion de l’Irak en 2003, initiée sous prétexte de détruire des armes de destruction massive inexistantes, a créé un vide politique exploitable par des groupes terroristes ? Que la guerre en Afghanistan, bien que justifiée par la lutte contre Al-Qaïda, a laissé place à un chaos qui profite aujourd’hui aux Talibans ? La décision des États-Unis de retirer leurs troupes en 2021 a été une débâcle, menant à une prise de pouvoir quasi immédiate des Talibans, avec des conséquences dramatiques pour les droits humains, en particulier ceux des femmes et des minorités. Cette fuite en avant a non seulement affaibli la crédibilité américaine, mais a aussi laissé un pays entièrement aux mains de groupes extrémistes. Accuser l’Europe sans reconnaissance de ces faits relève d’une hypocrisie manifeste.

Un soutien à peine voilé pour la Russie

Un des aspects les plus troublants du discours de James David Vence est son silence assourdissant sur la guerre en Ukraine. Aucune mention de l’invasion russe en 2022, aucune condamnation des menaces que fait peser la Russie sur les démocraties européennes. Pourtant, la Russie n’a cessé d’exercer une pression constante sur les pays européens, que ce soit par le biais de cyberattaques, de manipulations économiques ou de campagnes de désinformation massives.

Ce qui est encore plus éloquent, c’est la manière dont il inverse les rôles concernant la Roumanie. Alors que l’Union européenne tente de réagir à une ingérence étrangère documentée, Vence présente la situation comme une atteinte à la démocratie. Dans son discours, l’annulation d’une élection manipulée par des réseaux de désinformation financés par Moscou est dépeinte comme un scandale, alors que l’ingérence russe, elle, n’est jamais abordée. Une telle rhétorique revient à minimiser, voire à justifier, les stratégies du Kremlin visant à affaiblir les institutions européennes.

Plus largement, son absence de référence à la guerre hybride que mène la Russie contre l’Europe est un message en soi. Entre les attaques contre les infrastructures énergétiques, les tentatives de déstabilisation politique et les sanctions économiques, la Russie poursuit une stratégie globale pour affaiblir les démocraties occidentales. Prétendre parler de « sécurité européenne » sans jamais évoquer ce contexte révèle un alignement tacite avec ceux qui cherchent à diviser l’Europe plutôt qu’à la renforcer.

Un deuxième amendement pour l’Amérique, mais des régulations dangereuses en Europe ?

Dans un paradoxe fascinant, James David Vence dénonce les régulations européennes sur les réseaux sociaux comme une entrave à la liberté d’expression, tout en ignorant le rôle destructeur des plateformes américaines dans la diffusion de fake news et de discours de haine.

Aux États-Unis, des figures comme le milliardaire Elon Musk, à la tête de Twitter/X, décident librement quelles informations sont prioritaires, renforçant la désinformation et favorisant l’extrême droite sous couvert de liberté d’expression.
Que le même Elon Musk, qui n’a rien d’un politique, joue à « The Apprentice » avec l’administration américaine et distribue les postes à ceux qui vont le favoriser.
En Allemagne, Musk est allé jusqu’à soutenir le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), une formation politique aux accointances néo-nazies.

N’est-ce pas là une ingérence directe dans les affaires européennes, bien plus préoccupante que l’annulation d’une élection roumaine manipulée par des campagnes désorganisées sur TikTok ?

Est-il nécessaire de rajouter que son président Donald Trump a lui-même contesté l’élection, pourtant démocratique, de Joe Biden ce qui a valu l’attaque du Capitole aux États-Unis. De plus ils n’a jamais reconnu la victoire de son opposant tout au long de son mandat.

Une leçon de démocratie mal placée et insultante

James David Vence aurait pu prononcer un discours appelant à une unité transatlantique renforcée, à une collaboration dans un monde de plus en plus instable. Au lieu de cela, il a adopté une posture moralisatrice, oubliant volontairement les dysfonctionnements américains pour mieux accuser l’Europe de tous les maux.

Cette Amérique qui a, depuis le début de la guerre froide, contrainte des pays européens à acheter leurs armes sous peine de ne plus être protégé. Une Amérique qui passe son temps à menacer ces alliés à coups de frais de douane supplémentaires. Une Amérique ou qui menace d’envahir le Groenland, ou le Canada.
Un pays qui vit largement au-dessus de ses moyens en finançant son économiques sur le dos du reste du monde avec comme arme le Dollar qu’ils ont imposé dans les échanges internationaux.
Une Amérique qui cherche à diviser l’Europe et à détruire l’Union européenne, car une Europe unie représente une menace pour son hégémonie.
Est-ce que c’est de cette Amérique-là dont nous devons recevoir des leçons ?

L’Europe peut-elle se laisser dicter son avenir par une administration qui ferme les yeux sur ses propres dérives démocratiques ? Peut-elle accepter des leçons de liberté d’expression de la part d’un pays où l’argent et la manipulation des réseaux sociaux influencent massivement les élections ?

Il est temps pour l’Europe de ne plus subir ces sermons condescendants et de tracer sa propre voie, en assumant ses choix, sans se laisser dicter la morale par ceux qui l’instrumentalisent pour mieux asseoir leur pouvoir.

A lire :

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