Dans le paysage politique français, deux figures pourtant controversées, Charles Millon et Hervé Morin, ont marqué l’histoire de la défense nationale par des décisions qui continuent de susciter des débats. Leurs mandats respectifs ont profondément affaiblis les forces armées françaises, laissant un héritage qui pèse encore aujourd’hui sur la politique de défense française.
Charles Millon : l’homme qui a préparé l’enterrement du service militaire
En 1995, Charles Millon devient ministre de la Défense sous la présidence de Jacques Chirac. Son mandat est marqué par une décision historique : la suppression du service militaire obligatoire. Cette réforme, amorcée sous son autorité et finalisée par Alain Richard en 1997, visait à moderniser les forces armées françaises pour les adapter aux nouveaux enjeux stratégiques post-guerre froide et aux conflits en ex-Yougoslavie.
En 1990, les forces armées françaises comptaient environ 548 000 militaires, incluant 264 000 appelés du contingent. Voici l’évolution des effectifs des forces armées françaises pour les années 2000, 2010 et 2020, en distinguant les militaires d’active et les réservistes :
- Année 2000 :
- Militaires d’active : Environ 440 000 personnels.
- Réservistes : Les données spécifiques sur les réservistes pour cette année ne sont pas aisément disponibles.
Charles Millon a mis en œuvre la promesse électorale de Chirac de professionnaliser l’armée française. Les premières mesures incluent la commande d’un rapport sur la professionnalisation des armées en 1996, suivie de l’annonce officielle de la fin du service militaire par Chirac le 22 février 1996. Cette décision s’accompagne d’une réduction des effectifs militaires, d’une baisse progressive du nombre d’appelés, et de la fermeture de casernes.
Cependant, cette réforme a suscité une forte opposition. Des militaires et des politiques ont dénoncé une réforme précipitée, tandis que certains généraux ont jugé cette suppression risquée et prématurée. La gauche, notamment Lionel Jospin, a reproché l’absence de débat national. Pour Charles Millon, la défense nationale ne devait plus reposer sur un service militaire obligatoire, mais sur un « esprit de défense » à inculquer dès l’école. Il prônait une armée de métier efficace et réactive, mais son passage a marqué le début du déclin des effectifs militaires, un tournant dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.
Hervé Morin : l’aveuglement stratégique face au retour de la menace russe
Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Hervé Morin devient ministre de la Défense de mai 2007 à novembre 2010. Son mandat est marqué par une réduction drastique des budgets et des effectifs, sous prétexte de rationalisation des dépenses publiques.
- Année 2010 :
- Militaires d’active : Environ 320 000 personnels.
- Réservistes : Les informations précises concernant les effectifs de la réserve pour cette période ne sont pas facilement accessibles.
En 2024, faute de budget, les effectifs se composent d’environ 200 000 militaires d’active et de 41 450 réservistes opérationnels, dont ceux de la Gendarmerie nationale. Cette réduction significative par rapport aux 548 000 militaires de 1990 illustre l’impact des politiques de réduction des effectifs mises en place par Morin et ses prédécesseurs.
En 2008, le budget de la Défense était de 37,6 milliards d’euros. En 2010, il tombe à 32 milliards d’euros, soit une baisse de plus de 8%. En parallèle, 54 000 postes de militaires sont supprimés, et de nombreuses casernes et bases militaires sont fermées, affectant plusieurs régions. Cette réduction des capacités militaires s’accompagne de moins d’équipements et de matériels modernes pour les soldats, d’une réduction des commandes de Rafale, et de la fusion de plusieurs unités militaires, affaiblissant la structure de défense.
- Année 2020 :
- Militaires d’active : Environ 270 000 personnels.
- Réservistes : Environ 40 000 personnels.
Ces chiffres illustrent une réduction progressive des effectifs militaires d’active depuis 2000, compensée en partie par une augmentation du nombre de réservistes, reflétant une transition vers une armée professionnelle avec une réserve opérationnelle renforcée.
Le désengagement militaire mal maîtrisé sous Hervé Morin inclut le retrait progressif des troupes françaises en Côte d’Ivoire et en Afghanistan, ainsi que l’abandon de certains programmes militaires jugés trop coûteux, malgré leur utilité stratégique.
En août 2008, en pleine mandature de Sarkozy et de Hervé Morin en temps que Ministre de la défence, la Russie de Vladimir Poutine envahit la Géorgie. Cette agression aurait dû servir d’alarme et inciter la France à réarmer au lieu de démanteler. Pourtant, malgré cette preuve flagrante du retour de la menace russe, Morin a continué à tailler dans les effectifs et les budgets comme si le monde était entré dans une ère pacifiée.
Face à ces décisions, de nombreux généraux dénoncent un affaiblissement stratégique majeur. Hervé Morin justifie ses choix par des contraintes budgétaires, mais dans les faits, son mandat coïncide avec une armée sous-équipée, en sous-effectifs et en perte de puissance.
La remontée des budgets sous Le Drian et Macron
Face à cet affaiblissement, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense sous François Hollande (2012-2017), amorce un changement de cap. En 2012, le budget est à 31,4 milliards d’euros. En 2015, il passe à 32,5 milliards d’euros, avec une première hausse depuis 2008. En 2017, il atteint 34,2 milliards d’euros, avec des investissements dans les équipements.
Emmanuel Macron accélère cette montée en puissance. En 2018, il adopte la Loi de Programmation Militaire 2019-2025 avec un objectif clair : reconstruire une armée capable de faire face aux menaces modernes. En 2023, le budget militaire atteint 43,9 milliards d’euros, soit une augmentation de près de 10 milliards en six ans. En 2024, avec la guerre en Ukraine, Macron prévoit un budget à 49,2 milliards d’euros pour 2025.
Cette remontée des budgets permet une augmentation du nombre de soldats, une modernisation des équipements, et un retour d’une présence militaire forte en Europe et en Afrique. En 2024, les effectifs se composent d’environ 200 000 militaires d’active et de 41 450 réservistes opérationnels, dont ceux de la Gendarmerie nationale, marquant un effort significatif pour reconstruire les capacités de défense après des années de réduction.
Une leçon d’humilité pour les fossoyeurs de l’armée
Quand on a été le fossoyeur de l’armée française, on évite de venir donner des leçons à ceux qui s’efforcent de la reconstruire. Charles Millon et Hervé Morin ont, chacun à leur époque, détricoté méthodiquement les forces armées, par dogmatisme budgétaire ou par idéologie naïve. L’un a préparé l’enterrement du service militaire, privant la France d’un réservoir stratégique de défense ; l’autre a coupé à la hache dans les effectifs et les budgets, laissant une armée exsangue au moment où les menaces se précisaient.
Charles Millon, ancien ministre de la Défense, estime que le chef de l’État « fait de la diplomatie spectacle ».
« Cela mériterait en fait une diplomatie discrète » Il affirme que ce que fait Emmanuel Macron n’est pas de la diplomatie. « Là, on est en train en fait d’utiliser des événements qui sont des événements graves pour pouvoir poursuivre d’autres objectifs et en particulier remettre en selle un président de la République qui avait été très abîmé par la dissolution ».
Hervé Morin accuse Emmanuel Macron d’«inquiéter excessivement» les Français.
Il a dénoncé une posture de «provocation» et de «facteur d’escalade» de la part du chef de l’État,jugeant que cette rhétorique alarmiste servait surtout à occulter «les sujets qui fâchent».«C’est pas Valmy non plus», réagit Hervé Morin qui questionne le «rôle des Européens» face à Poutine
Il a, aussi, minimisé le potentiel d’une armée russe qui a été «incapable d’écraser une armée qui était une armée de va-nu-pieds en 2022» lors de l’invasion de l’Ukraine. Bon lui, par contre, il a le droit d’insulter les russes et les ukrainiens en même temps.
Aujourd’hui, ces deux hommes osent critiquer la politique de défense d’Emmanuel Macron, non pas sur le fond, mais en jouant les donneurs de leçons. Ironie du sort : c’est leur propre héritage d’affaiblissement militaire qui contraint la France à une remontée en urgence de ses capacités de défense.
Alors soit on assume ses erreurs, soit on se tait. Quand on a affaibli la France, on n’a pas la légitimité pour donner des leçons à ceux qui tentent de la relever.
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