Pour sa dernière intervention à l’Assemblée générale des Nations unies, Emmanuel Macron a opposé la règle à la brutalité, le multilatéralisme à la puissance solitaire. Le diagnostic est juste. Mais dans un monde où la force écrit de nouveau ses propres lois, avoir raison au micro ne suffit plus.
Deux discours, deux mondes
Mardi 22 septembre, Donald Trump a défendu à la tribune de l’ONU la guerre engagée contre l’Iran. Selon Associated Press, il a même brandi une alternative glaçante : un accord ou l’« anéantissement » de la République islamique. Quelques heures plus tard, Macron a décrit le « retour de l’impérialisme » et demandé si nous voulions vivre sous « la loi de la jungle » ou dans une société internationale civilisée.
Le contraste était presque trop parfait. D’un côté, la puissance qui présente la destruction comme une option politique. De l’autre, une France qui rappelle que la souveraineté des peuples ne dépend pas du bon vouloir du plus fort.
Sur le fond, Macron a raison. Quand la menace remplace la règle, les petites nations comprennent vite que leur indépendance n’est plus un droit, mais un sursis.
Le droit n’est pas la naïveté
Défendre l’ONU n’oblige pas à nier ses échecs. Les vétos paralysent le Conseil de sécurité. Les résolutions sont contournées. Les guerres durent pendant que les diplomates peaufinent leurs communiqués. Le multilatéralisme peut devenir une liturgie confortable lorsque personne ne veut payer le prix de son application.
Mais l’alternative n’est pas plus rassurante. La loi du plus fort ne produit pas l’ordre ; elle organise une compétition permanente entre empires. Aujourd’hui l’Iran, hier l’Ukraine, demain un allié devenu encombrant. Le droit international ne protège pas toujours. Son abandon, lui, garantit que seuls les plus puissants choisiront qui mérite d’être protégé.
La France parle plus haut qu’elle ne pèse
Le discours français porte une contradiction. Macron affirme que le droit doit contenir la force, tout en dirigeant un pays dont la capacité d’entraînement s’est réduite. Le Monde relève que ses rencontres bilatérales à New York ont été peu nombreuses. La formule était forte ; la coalition, moins visible.
Ce décalage n’annule pas la parole française. Il en fixe la limite. Une diplomatie n’existe pas seulement par la qualité de ses principes, mais par les partenaires qu’elle rassemble, les moyens qu’elle engage et les compromis qu’elle obtient.
Le paradoxe est que Macron et Trump avaient pourtant échangé la veille sur l’Ukraine et les tensions énergétiques. Le dialogue demeure donc possible, même entre visions opposées. C’est précisément là que la France doit agir : parler à Washington sans s’y soumettre, défendre Kiev sans confondre solidarité et posture, soutenir l’ONU sans masquer son impuissance.
Le testament doit devenir une méthode
Une Europe divisée transforme ses valeurs en commentaires. Cela n’exonère pas Bruxelles de ses lenteurs. Si Paris veut opposer la civilisation à la jungle, il lui faut bâtir un bloc capable de sanctionner, de protéger et de négocier.
Le dernier discours onusien de Macron ne doit donc pas être jugé comme une belle oraison. Il doit être lu comme une dette laissée à ses successeurs. Les principes donnent une direction. La puissance collective leur donne une portée.
La France a dit ce que le monde risque de perdre. Saura-t-elle maintenant aider l’Europe à construire ce qui peut encore le défendre ?
