Des soignants congolais protègent un centre de traitement encerclé par la forêt, l’insécurité et la défiance. Des soignants congolais protègent un centre de traitement encerclé par la forêt, l’insécurité et la défiance.

Ebola en RDC : quatre mille morts dans notre angle mort

L’épidémie d’Ebola en RDC a franchi 4 000 morts. La médecine ne peut contenir le virus sans sécurité, sans soignants payés et sans confiance.

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo a franchi le seuil de 4 000 morts. Ce drame n’est ni lointain par nature, ni insoluble par fatalité. Il révèle une vérité plus dérangeante : la médecine ne peut rien contenir durablement quand la sécurité, la confiance et l’État se dérobent.

Quatre mille morts, et si peu de bruit

Le bilan publié le 2 octobre par les autorités congolaises fait état de 8 300 cas confirmés et de 4 018 décès depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai. Sept provinces sont touchées. En moins de cinq mois, cette flambée est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays et la deuxième au monde après celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.

Le virus en cause, Bundibugyo, ajoute une vulnérabilité scientifique à l’urgence humaine. L’Organisation mondiale de la santé indique qu’il n’existe encore ni vaccin homologué ni traitement spécifique contre cette souche, même si des candidats sont à l’étude. Le chiffre est brutal. Le silence international l’est presque autant.

Un centre brûlé, une riposte amputée

La maladie avance dans un territoire déjà abîmé par les groupes armés, les déplacements de population et des routes difficiles. Selon les Nations unies, citées par Associated Press, des soldats cherchant des armes ont incendié un camp proche de Bunia qui abritait un centre de transit pour les malades. Dix-neuf mille personnes ont dû fuir.

Un centre détruit n’est pas un simple bâtiment perdu. Ce sont des lits, des équipes, des prélèvements et des chaînes de contamination que l’on ne suit plus. Quand la réponse sanitaire est prise dans la violence, le virus trouve des passages que nul laboratoire ne peut fermer seul.

On ne demande pas l’héroïsme à crédit

Des agents de surveillance et d’autres soignants de première ligne ont manifesté à Bunia pour réclamer des salaires impayés. Associated Press rapporte qu’au moins 50 professionnels de santé ont déjà succombé après avoir contracté Ebola. On célèbre volontiers leur courage. On oublie qu’un courage sans paie, sans protection et sans relève finit par devenir une politique d’abandon.

La République démocratique du Congo porte sa part de responsabilité. Une administration qui promet sans payer affaiblit elle-même la chaîne de surveillance. Mais les partenaires internationaux n’ont pas le droit de transformer la fragilité de l’État congolais en excuse commode. Une épidémie ne se combat pas par intermittence budgétaire.

La confiance est un équipement médical

La défiance complique désormais la détection des cas. Des habitants nient l’existence d’Ebola ; des équipes sont menacées ; un responsable politique local a été tué après avoir défendu la riposte. Répondre seulement par la force aggraverait le mal. La confiance ne se décrète pas en combinaison étanche.

L’OMS montre pourtant qu’un travail patient porte ses fruits : au 30 septembre, environ 2 000 alertes étaient signalées chaque jour, 90 % étaient vérifiées et le suivi des contacts dépassait 85 %, contre moins de 15 % au début de l’épidémie. Écouter, expliquer, payer et protéger ne sont pas des suppléments de communication. Ce sont des gestes de soin.

La solidarité commence avant la frontière

Le réflexe européen serait d’attendre un cas importé pour regarder enfin vers l’est du Congo. Ce serait confondre vigilance et égoïsme. Soutenir les laboratoires mobiles, sécuriser les centres, rémunérer les équipes et accélérer la recherche coûte moins cher que réparer une épidémie laissée hors de contrôle.

La RDC n’a pas besoin de compassion à distance. Elle a besoin d’une coopération qui demeure lorsque les caméras repartent. La prochaine pandémie se prépare aussi dans les crises que nous choisissons de ne pas voir. Combien de morts faut-il encore pour que l’angle mort devienne une responsabilité commune ?

Sources