Une urne transparente sépare Nétanyahou et Eisenkot devant une Knesset divisée en blocs, sous le regard d’électeurs israéliens. Une urne transparente sépare Nétanyahou et Eisenkot devant une Knesset divisée en blocs, sous le regard d’électeurs israéliens.

Israël : le vote peut changer d’homme, pas encore de cap

Israël vote le 27 octobre sur l’avenir de Nétanyahou. Mais la fragmentation du pays et des coalitions pourrait changer le dirigeant sans changer le cap.

Le 27 octobre, les Israéliens voteront pour la première fois depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et les guerres qui ont suivi. Benyamin Nétanyahou joue sa survie politique. Pourtant, le vrai scrutin ne se limite pas à un nom : il doit dire si le pays peut encore transformer un traumatisme en choix collectif, plutôt qu’en état d’urgence permanent.

Un pays, une circonscription, plusieurs mondes

Mis en ligne le 16 octobre, l’épisode du Dessous des cartes intitulé « Législatives en Israël : pour ou contre Nétanyahou ? » pose justement ce face-à-face. La carte électorale raconte toutefois une histoire plus profonde.

Israël forme une seule circonscription nationale. Les 120 sièges de la Knesset sont répartis à la proportionnelle entre les listes dépassant 3,25 % des voix. Il faut ensuite réunir 61 députés. Ce mécanisme donne aux petites formations un pouvoir décisif et transforme chaque seuil manqué en bascule nationale.

Une analyse de N12 publiée le 21 octobre montre aussi que les résultats de 2022 dessinaient une géographie sociale : dans les villes à majorité juive, les localités favorisées penchaient davantage vers l’opposition, les plus modestes vers la coalition. Les bastions ultraorthodoxes et les villes arabes formaient d’autres archipels. Une seule urne, donc. Plusieurs pays politiques.

Le 7-Octobre revient enfin dans l’isoloir

Le scrutin doit d’abord rendre des comptes. L’opposition réclame une commission d’enquête indépendante sur les défaillances politiques et militaires du 7-Octobre ; le gouvernement préfère une instance nommée par lui-même, aux pouvoirs plus étroits, selon le service de recherche du Parlement européen.

La sécurité ne peut pourtant servir d’immunité électorale. Le massacre commis par le Hamas exige une défense ferme. Il n’interdit ni l’examen des fautes qui l’ont précédé, ni celui des choix qui ont conduit Israël dans trois années de guerres et d’isolement croissant. Gouverner, ce n’est pas seulement riposter. C’est savoir où l’on conduit le pays après la riposte.

L’alternative porte l’uniforme, pas la rupture

Le principal rival de Nétanyahou, Gadi Eisenkot, est un ancien chef d’état-major. Il a siégé au cabinet de guerre avant de le quitter, reprochant au Premier ministre l’absence de stratégie claire. Son expérience peut restaurer une chaîne de responsabilité. Elle ne garantit pas un changement de doctrine.

Associated Press rappelle qu’Eisenkot demeure un faucon et qu’il est associé à la doctrine dite de Dahieh, fondée sur l’emploi d’une force disproportionnée contre les zones servant de bases à des groupes armés. Le rapport européen observe, lui, qu’une large partie de l’opposition partage encore le refus d’un État palestinien immédiat et la volonté de conserver une liberté d’action militaire. L’élection oppose donc moins la guerre à la paix qu’une manière de gouverner la puissance à une autre.

Un cinquième du pays reste devant la porte

Les citoyens palestiniens d’Israël représentent environ 20 % de la population. Leurs partis pourraient départager les blocs. Pourtant, Nétanyahou comme Eisenkot excluent de gouverner avec eux, rapporte Associated Press.

L’histoire récente prouve que l’interdit n’est pas absolu : en 2021, le parti Ra’am de Mansour Abbas fut le premier parti arabe à entrer dans une coalition israélienne. Le gouvernement ne dura qu’un peu plus d’un an, mais il montra qu’une autre arithmétique était possible.

Refuser aujourd’hui cette coopération peut produire une nouvelle impasse, de nouvelles élections et le maintien de Nétanyahou à la tête d’un gouvernement intérimaire. Une démocratie s’appauvrit quand elle compte les voix de citoyens qu’elle refuse ensuite de considérer comme des partenaires légitimes.

La carte de sortie manque encore

Battre Nétanyahou ne serait pas anodin. Ce serait sanctionner une responsabilité, rouvrir le contrôle démocratique et desserrer l’étau d’un pouvoir devenu personnel. Mais remplacer un homme sans intégrer les citoyens arabes, sans clarifier la fin des guerres et sans horizon politique pour les Palestiniens ne ferait que changer le gardien de la forteresse.

Le 27 octobre, Israël choisira peut-être un Premier ministre. Sa décision plus difficile viendra ensuite : veut-il seulement une direction plus compétente pour tenir le siège, ou une coalition assez courageuse pour chercher enfin la sortie ?

Sources