Christine Lagarde quitte le siège de la BCE vers un micro tandis que des dirigeants européens entourent une chaise vide et une grande clé. Christine Lagarde quitte le siège de la BCE vers un micro tandis que des dirigeants européens entourent une chaise vide et une grande clé.

Christine Lagarde : une démission très politique

Christine Lagarde quittera la BCE neuf mois avant le terme. Son besoin de parler ouvre surtout une succession européenne où l’indépendance devra survivre au calendrier politique.

Christine Lagarde quittera la Banque centrale européenne le 7 février 2027, neuf mois avant le terme de son mandat. Elle dit vouloir retrouver la liberté de parler au-delà de la politique monétaire. Son départ n’est pas une candidature. Mais son calendrier, lui, entre déjà en campagne.

La neutralité est devenue trop étroite

La présidente de la BCE a expliqué ne plus pouvoir rester confortable dans la neutralité imposée par sa fonction. Cette réserve est, selon ses propres mots, « le prix de l’indépendance ». Elle veut désormais s’exprimer sur les vérités qu’elle estime déformées et sur les principes qui lui sont chers.

L’argument mérite d’être entendu. Une banque centrale indépendante ne peut pas devenir une tribune personnelle. Une ancienne présidente, elle, redevient libre. Lagarde choisit donc de quitter la cage avant d’élever la voix. C’est cohérent. C’est aussi tout sauf apolitique.

Le calendrier parle avant elle

Le Conseil européen a lancé sans délai la procédure de succession. La décision pourra ainsi intervenir avant l’élection présidentielle française. Emmanuel Macron participera aux négociations ; son successeur, non. Ce fait ne prouve ni complot ni marché secret. Il fixe néanmoins le rapport de force.

Jean-Luc Mélenchon y voit déjà une manœuvre pour préserver l’influence du chef de l’État. D’autres redoutent qu’un futur pouvoir hostile à l’intégration européenne ne pèse sur le choix. Les soupçons courent plus vite que les preuves. Pour les ralentir, l’Europe devra exposer les compétences recherchées, le calendrier et les arbitrages, au lieu de traiter cette nomination comme une distribution de fauteuils après dîner.

La BCE ne change pas seulement de visage

Deux autres postes majeurs du directoire seront renouvelés autour du départ de Lagarde : ceux d’Isabel Schnabel, chargée des opérations de marché, et de Philip Lane, économiste en chef. En quelques mois, une partie du centre de gravité monétaire européen peut donc basculer.

Le moment est délicat. La BCE vient de maintenir son taux de dépôt à 2,5 %, alors que l’inflation de la zone euro a rebondi à 3,8 %. Les taux d’emprunt français ont dépassé 5 % en octobre. Et l’Insee annonce ce vendredi un recul de 0,1 % du PIB français au troisième trimestre. L’Europe devra combattre l’inflation sans étouffer une croissance déjà maigre. Changer d’équipage pendant la tempête n’est pas interdit. Encore faut-il choisir des marins, pas des drapeaux.

L’indépendance ne se transmet pas par décret

Le futur président sera nommé par le Conseil européen, après consultation du Parlement européen et du conseil des gouverneurs de la BCE. La procédure est juridique. Le choix restera politique, parce que les États négocient toujours les postes, les nationalités et les équilibres.

La bonne réponse n’est pas de nier cette réalité. Elle consiste à empêcher qu’elle décide seule. Le prochain titulaire devra pouvoir résister aux gouvernements qui réclament des taux plus bas, aux marchés qui exigent des garanties et aux militants qui rêvent d’une banque centrale au service de leur camp. Francfort n’a pas vocation à gagner des élections. C’est précisément pour cela que sa direction doit être irréprochable.

Parler librement oblige à parler clairement

Christine Lagarde retrouvera bientôt sa voix politique. Elle devra alors dire ce qu’elle veut défendre, contre qui et jusqu’où. Une alerte démocratique n’est pas un programme ; une inquiétude européenne n’est pas une candidature. Le silence institutionnel ne peut pas être remplacé par le brouillard des intentions.

Son départ anticipé peut protéger la continuité de la BCE. Il peut aussi donner l’impression que l’indépendance s’organise entre dirigeants avant que les électeurs ne rebattent les cartes. Pour éviter ce poison, l’Europe n’a qu’une issue : choisir au grand jour la compétence, puis laisser la future présidence déplaire à tout le monde avec la même rigueur.

Sources