Bally Bagayoko brandissant une pancarte Viva la révolution face à Laurent Nuñez, autour de lycéens hésitant entre livres et mortiers Bally Bagayoko brandissant une pancarte Viva la révolution face à Laurent Nuñez, autour de lycéens hésitant entre livres et mortiers

Lycées bloqués : LFI souffle bien sur les braises

Les lycéens ont droit à la colère, pas à l’enrôlement. Les déclarer inoffensifs malgré les blessés et les mortiers, puis étendre les blocus, c’est souffler sur les braises.

Parti pris. Ruth Elkrief pose la bonne alerte : quand la colère gagne les lycées, les adultes n’ont pas à souffler sur les braises. Jean-Luc Mélenchon assure que les jeunes mobilisés sont « inoffensifs ». Au même moment, le ministère de l’Intérieur compte des policiers, des personnels éducatifs et des lycéens blessés. Les mots ne font pas disparaître les mortiers.

Des revendications légitimes, des violences réelles

Le mouvement est parti du lycée Saint-Exupéry de Créteil, où des postes d’enseignants restaient vacants. Classes surchargées, personnels manquants, bâtiments dégradés, journées trop longues, inquiétudes liées à Parcoursup : la colère repose sur des problèmes concrets. La réduire à une manipulation serait commode et faux.

Mais la violence est tout aussi réelle. Selon le bilan communiqué lundi par le ministère de l’Intérieur, environ 180 établissements ont été concernés, 164 personnes interpellées, douze membres des forces de l’ordre blessés, ainsi que huit personnels éducatifs et environ une douzaine de lycéens. Des dégradations, des incendies et des tirs de mortiers ont été constatés. Présenter indistinctement ce mouvement comme inoffensif revient à effacer ses premières victimes.

« Inoffensifs » ne résiste pas aux faits

Cela ne signifie pas que tous les lycéens mobilisés sont violents. Beaucoup veulent seulement des professeurs, des classes moins chargées et des bâtiments décents. Des personnes extérieures peuvent aussi exploiter les rassemblements. Mais les jeunes pacifiques sont précisément les premiers exposés lorsqu’un blocus devient un terrain d’affrontement.

Le mot de Jean-Luc Mélenchon est donc fautif. Il confond la légitimité d’une revendication avec l’innocuité d’une situation. On peut défendre les élèves sans nier les poubelles incendiées, les projectiles et les blessés. Cette négation nourrit la défiance et encourage chacun à ne voir que les violences du camp opposé.

LFI n’ordonne pas de casser, elle organise l’escalade

Louis Boyard a souhaité que le mouvement s’étende. Édouard Geffray a aussi nommé Éric Coquerel et Clémence Guetté parmi les députés qui incitent à généraliser les blocages. Cette dernière a accusé les macronistes de vouloir « répondre avec la matraque ». Jean-Luc Mélenchon a demandé aux élus et militants insoumis de s’interposer partout où ils le pouvaient.

Encadré — Pourquoi Saint-Denis ? Le mouvement a commencé à Créteil, pas à Saint-Denis. Mais c’est devant le lycée Paul-Éluard que Bally Bagayoko l’a transformé en scène nationale. Élu maire LFI au printemps et fidèle soutien de Jean-Luc Mélenchon, il sortait d’un été de polémiques sur son ancien emploi à la RATP et le désarmement de sa police municipale. Voir dans le blocus un tremplin personnel reste une interprétation. Sa nouvelle visibilité nationale, elle, est un fait.

Aucun de ces responsables n’a donné l’ordre d’incendier ou de frapper. L’incitation directe à la violence n’est pas établie. Leur faute est ailleurs : accélérer un mouvement dont les débordements sont connus, puis nier le danger. Un élu n’est pas l’auteur de chaque casse. Il reste comptable des conséquences prévisibles de ses mots.

L’État doit aussi garder la tête froide

Le gouvernement ne peut pas répondre seulement par les casques. Une enquête de l’IGPN a été ouverte après qu’un lycéen a été blessé au visage par un tir policier à Saint-Ouen-l’Aumône. L’enquête devra établir les responsabilités. La force, surtout face à des mineurs, doit rester strictement proportionnée.

Réduire toute la mobilisation à des « violences urbaines » permettrait d’éviter les questions sur les postes vacants et les conditions d’étude. Ce serait l’autre manière de souffler sur les braises : traiter la colère comme un ennemi plutôt que comme un signal.

Laissez les lycéens manifester en paix

Les lycéens n’ont besoin ni de slogans prêts-à-porter, ni de militants venus distiller la haine, ni d’un gouvernement qui confond écoute et maintien de l’ordre. Ils savent ce qui manque dans leurs classes. Qu’on les laisse manifester en paix, qu’on protège ceux qui veulent étudier et qu’on isole ceux qui brûlent, tirent ou frappent.

La colère des élèves leur appartient. Les responsables politiques devraient l’écouter au lieu de l’enrôler. Souffler des mots d’affrontement à des mineurs puis les déclarer inoffensifs n’est pas les défendre. C’est les placer devant le feu et se tenir assez loin pour ne pas se brûler.

Sources