Une soignante éclaire deux chemins vaccinaux devant un centre médical, entre hésitation et protection des personnes fragiles. Une soignante éclaire deux chemins vaccinaux devant un centre médical, entre hésitation et protection des personnes fragiles.

Vaccins : le Covid ne doit pas contaminer la confiance

La vaccination contre la grippe remonte, celle contre le Covid décroche. La France ne rejette pas la science : elle trie désormais ses confiances.

La campagne conjointe contre la grippe et le Covid-19 a commencé mardi 13 octobre. Mais les deux seringues ne suscitent plus la même réaction. La France ne rejette pas toute vaccination. Elle trie ses confiances. C’est plus subtil qu’un pays devenu « antivax ». Et plus difficile à réparer.

La défiance n’avance pas d’un seul bloc

Le bilan publié le 8 octobre par Santé publique France interdit les slogans faciles. Pour la grippe, 49,6 % des personnes à risque ont été vaccinées pendant la saison 2025-2026. C’est encore loin de l’objectif de 75 %, mais la couverture progresse de 3,1 points : une première depuis la pandémie.

Pour le Covid-19, le mouvement est inverse. Seules 14,2 % des personnes ciblées ont reçu une dose, soit 4,1 points de moins en un an. L’estimation est probablement sous-évaluée, reconnaît l’agence, car certaines injections ne remontent pas dans les remboursements. La chute demeure néanmoins assez nette pour ne pas être balayée.

Le vaccin antigrippal n’est pas un vaccin à ARN messager. Pourtant, la crise du Covid a laissé une ombre sur des gestes de prévention très différents. La méfiance s’est déplacée plus vite que les virus.

Les Français ne sont pas devenus hostiles à la science

Selon le baromètre 2024 de Santé publique France, 80 % des adultes se déclarent favorables à la vaccination en général. Dans le même temps, 36,7 % expriment une réticence envers au moins certains vaccins. Ce paradoxe dit l’essentiel : l’adhésion existe encore, mais elle n’est plus automatique.

Le nier serait confortable. Accuser indistinctement les réseaux sociaux aussi. Les fausses informations prospèrent, certes. Mais elles ont trouvé un terrain préparé par les injonctions contradictoires, les promesses trop larges et le ton parfois infantilisant de la période Covid. La science corrige ses connaissances. La parole publique, elle, a trop souvent vécu chaque correction comme un aveu à cacher.

Le risque réel ne disparaît pas avec la lassitude

La fatigue collective ne rend pas la grippe bénigne. L’Assurance Maladie attribue environ 12 000 décès à la saison 2025-2026, principalement parmi les personnes fragiles. Santé publique France a recensé 23 989 hospitalisations après passage aux urgences pour grippe ou syndrome grippal ; près des deux tiers concernaient des personnes âgées de 65 ans ou plus.

Chez les professionnels travaillant en Ehpad, le contraste devient vertigineux : 25,1 % étaient vaccinés contre la grippe et 4,2 % contre le Covid. Ces soignants connaissent pourtant les vulnérabilités qu’ils côtoient. Leur hésitation ne doit pas être méprisée. Elle doit être comprise, discutée et combattue par des faits précis.

Convaincre n’est pas sommer d’obéir

Une politique vaccinale adulte commence par dire ce que chaque vaccin peut faire, ce qu’il ne garantit pas et pour qui son bénéfice est le plus élevé. Elle reconnaît les effets indésirables documentés sans les confondre avec les récits inventés. Elle distingue une recommandation pour une personne âgée ou immunodéprimée d’un message uniforme adressé à toute la population.

Le médecin, le pharmacien et l’infirmier doivent redevenir les visages de cette décision. Pas des porte-voix chargés de réciter une campagne. La confiance se reconstruit dans une conversation où le doute peut entrer sans que la preuve doive sortir.

La prévention mérite mieux qu’une guerre de croyances

Les autorités ont tort lorsqu’elles prennent toute question pour une attaque. Les militants antivaccins ont tort lorsqu’ils transforment toute incertitude en complot. Entre ces deux certitudes, il reste la médecine : une évaluation du risque, personne par personne, maladie par maladie.

La hausse de la vaccination antigrippale prouve que le décrochage n’est pas fatal. Mais le recul du rappel Covid avertit que l’ancienne discipline collective ne reviendra pas par décret. Il faudra moins de communication martiale, davantage de données lisibles et le courage de dire « nous savons » aussi clairement que « nous ne savons pas encore ». La prochaine épidémie nous trouvera-t-elle enfin capables de préférer la preuve à l’obéissance comme à la peur ?

Sources