Raphaël Glucksmann sur une urne, face à un pont inachevé vers une foule plus large et l’Élysée. Raphaël Glucksmann sur une urne, face à un pont inachevé vers une foule plus large et l’Élysée.

Victoire de Glucksmann : 66 % ne font pas une majorité

Raphaël Glucksmann a gagné sa primaire sans ambiguïté. Mais 66 % d’un camp ne suffisent pas encore à rassembler la gauche ni à convaincre le pays.

Raphaël Glucksmann a remporté dimanche 11 octobre la primaire sociale-démocrate dès le premier tour. Le score tranche le débat interne. Il ne règle pourtant ni la division de la gauche, ni l’équation présidentielle. Une investiture est un départ. Pas un pays conquis.

Le verdict est net, le périmètre reste étroit

Avec un peu plus de 66 % des voix, face à Olivier Faure relégué autour de 14 %, Glucksmann a obtenu ce qu’il cherchait : une victoire incontestable. C’est assez pour trancher la compétition interne. Pas pour installer d’un coup une autorité incontestée dans son camp.

Les premiers coups de canif sont venus dès l’annonce des résultats. Dans sa déclaration, Ségolène Royal n’a jamais nommé Raphaël Glucksmann, préférant parler du « gagnant ». Puis, sur TF1 et LCI, elle l’a de nouveau appelé « le stagiaire », tout en soulignant que, pour la première fois, aucun socialiste ne serait candidat à l’élection présidentielle. Royal ne représente pas à elle seule le Parti socialiste et ces piques ne dessinent pas encore une contestation organisée. Elles montrent néanmoins qu’une figure de son propre espace politique entend déjà écorner l’image du vainqueur de cette primaire ouverte.

Cette nuance n’enlève rien au résultat. Elle lui donne sa juste dimension. Les électeurs inscrits ont choisi une gauche européenne, favorable à l’Ukraine et décidée à rompre avec La France insoumise. Ils n’ont pas encore répondu à la question qui obsède tous les candidats : comment parler au-delà de ceux qui sont déjà convaincus ?

Rompre avec LFI clarifie, mais ne construit pas

Glucksmann affirme qu’il n’y aura pas d’accord avec LFI. Cette ligne a le mérite de la clarté. Elle répond aussi aux inquiétudes de ceux qui refusent les ambiguïtés de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe, la Russie ou l’antisémitisme. Les tenants d’une gauche républicaine y verront une digue nécessaire. Les partisans d’une union de toute la gauche y liront, au contraire, le choix de la défaite.

Cette rupture peut être nécessaire. Elle ne peut pas être suffisante. Un candidat ne se définit durablement ni par celui qu’il exclut, ni par la frontière qu’il trace, mais par le pays qu’il propose. Si Glucksmann transforme toute sa campagne en référendum sur Mélenchon, il gagnera peut-être la bataille du positionnement à gauche. Il ne répondra toujours pas à la question présidentielle : que veut-il construire, pour qui, et avec quels moyens ?

Le vrai adversaire s’appelle l’élargissement

La victoire désigne un candidat. Elle ne lui livre pas la gauche. Dès dimanche soir, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a pris acte du résultat en dénonçant sur X le « choix du repli » de celui qui avait refusé « une primaire populaire et ouverte ». Le message est sans ambiguïté : le score de Glucksmann ne vaut pas ralliement des écologistes.

Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré sans passer par une primaire, n’a jamais ménagé Raphaël Glucksmann. L’affrontement est d’ailleurs réciproque. Entre une gauche insoumise qui le combat et une direction écologiste qui conteste sa stratégie, l’élargissement s’annonce comme un long chemin semé d’embûches. Le soutien de Yannick Jadot lui offre certes un allié écologiste de poids. Mais ce ralliement a valu au sénateur une suspension à titre conservatoire de son parti : Jadot ne porte donc plus la ligne officielle de la formation dirigée par Tondelier. À ce jour, l’union autour de Glucksmann est très loin d’être assurée.

Son défi n’est donc plus de gagner une primaire, même ouverte aux militants et aux sympathisants. Le 11 octobre, 120 787 personnes ont voté. En 2011, François Hollande avait été désigné au second tour d’une primaire citoyenne réunissant 2 860 157 votants, selon les résultats définitifs de la Haute Autorité des primaires : presque vingt-quatre fois plus. Il avait lui-même recueilli 1 607 268 voix. Glucksmann a gagné nettement un scrutin beaucoup plus resserré. Il n’a pas encore créé un élan comparable.

Il lui faut maintenant convaincre l’enseignante qui ne se reconnaît plus dans les querelles de partis, l’ouvrier qui doute de l’Europe, le jeune qui réclame davantage que des principes et l’électeur populaire tenté par le Rassemblement national. Là commence la politique réelle : quand le public ne vous doit rien.

Une majorité se mérite après la victoire

La cohérence européenne de cette candidature compte. Le financement de ses promesses aussi. Glucksmann dispose d’une ligne internationale identifiable et d’une expérience parlementaire. Il lui faut désormais la même précision sur l’école, le travail, les services publics, la sécurité et la dette. Une présidentielle ne récompense pas seulement une orientation morale ; elle oblige à arbitrer entre des priorités qui coûtent, divisent et engagent l’État.

Sa victoire peut rouvrir un espace social-démocrate que beaucoup jugeaient condamné. Mais le confort du score contient déjà un piège : croire que la clarté d’un petit corps électoral annonce mécaniquement celle du pays. Le pont vers l’élection présidentielle ne sera pas bâti avec 66 % d’applaudissements. Il le sera avec des choix, des preuves et des renoncements assumés.

Raphaël Glucksmann a gagné le droit de mener son camp. Il doit encore gagner celui de prétendre rassembler au-delà, sans diluer ce qui vient de le faire choisir. Saura-t-il accepter que la France ne soit pas une primaire agrandie ?

Sources