Le suspect de l’attentat de Trappes et de La Verrière a été mis en examen jeudi pour assassinat et tentatives d’assassinat terroristes, avec circonstance aggravante raciste. Il reconnaît désormais avoir choisi des personnes qu’il percevait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines. Les faits deviennent plus nets. Le débat public, lui, menace déjà de les brouiller.
La haine avait choisi ses visages
Le 23 octobre, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, a été tué et plusieurs personnes ont été blessées, dont une enfant. Le tireur présumé a parcouru plusieurs kilomètres en voiture et ouvert le feu en rafales à différents endroits.
Devant les enquêteurs, il a admis la préméditation et le ciblage raciste. Il conteste toutefois l’intention terroriste et prétend son action légitime. Cette contradiction ne l’adoucit pas. Elle montre au contraire ce que fait l’idéologie lorsqu’elle se donne le droit de désigner des innocents comme des ennemis.
La justice devra établir chaque responsabilité. Mais la prudence judiciaire n’oblige pas à l’aphasie civique : lorsqu’un homme choisit ses victimes selon leur apparence ou la religion qu’il leur prête, le mot racisme n’est pas une opinion. C’est un fait revendiqué.
La psychiatrie n’est pas une gomme
Le suspect a évoqué une schizophrénie. Son médecin n’a pas confirmé ce diagnostic, et l’examen réalisé pendant la garde à vue n’a pas relevé de pathologie décompensée justifiant une hospitalisation sous contrainte. D’autres expertises pourront encore apprécier son discernement. Elles devront le faire sans pression politique.
Une maladie éventuelle peut éclairer un état mental ; elle n’efface ni une préparation, ni un mobile. À l’inverse, reconnaître un mobile raciste ne dispense pas d’examiner sérieusement la santé psychique. La République n’a pas à choisir entre médecine et justice. Elle doit refuser que l’une serve d’alibi commode à l’autre.
La préméditation ferme la porte au geste soudain
Les éléments dévoilés par le parquet décrivent une préparation commencée plusieurs semaines avant l’attaque : achats destinés à renforcer l’arme, fermeture de comptes, revente d’un ordinateur et dissimulation d’un téléphone. Le suspect n’était pas connu des services de renseignement. L’inconnu administratif n’était pas l’improvisation.
Cette réalité dérange les automatismes. Tous les terroristes ne portent pas l’uniforme d’une organisation. Tous ne laissent pas un manifeste public ou une chaîne de commandement. Un passage à l’acte solitaire peut être préparé, idéologique et terrorisant. Le danger ne devient pas moins politique parce qu’il tient dans un seul homme.
Un autocollant n’est pas une chaîne de commandement
Des autocollants mentionnant le Rassemblement national ont été retrouvés au domicile du suspect. Cela documente un univers de références ; cela ne prouve ni une adhésion, ni un ordre, ni la responsabilité pénale d’un parti qui a condamné l’attaque.
La gauche aurait tort de transformer une perquisition en organigramme. La droite aurait tort d’y voir un détail sans portée. Entre l’accusation collective et le déni confortable, il existe une exigence plus sérieuse : interroger les mots qui banalisent la suspicion envers des Français, sans confondre violence verbale, bulletin de vote et passage au meurtre.
Nommer protège, récupérer divise
La France sait reconnaître le terrorisme lorsqu’il tue au nom d’un islamisme fanatique. Elle doit savoir le nommer avec la même netteté lorsqu’il frappe des personnes parce qu’elles sont noires ou supposées musulmanes. La couleur idéologique change. Le mépris de la vie et la volonté de terroriser restent.
Trappes ne doit devenir ni un décor de campagne ni un prétexte à soupçonner des millions d’électeurs. La première fidélité va aux victimes, à leurs proches et aux habitants. La seconde va aux faits. C’est à cette double condition que la République pourra combattre toutes les haines sans devenir, elle aussi, l’otage d’un camp.
